Alechinsky et ses détournements créatifs !

Depuis des décennies, Pierre Alechinsky recueille divers documents  pour les détourner de leur usage premier; créant, avec une profonde liberté et une imagination débridée, des œuvres singulières : les palimpsestes. Le Centre de la Gravure et de l’Image imprimée à La Louvière présente, pour la première fois, un inventaire  de tous les types de palimpsestes qu’il a imaginé depuis la fin des années 40.

«  En 2000, nous présentions Pierre Alechnisky. 50 ans d’imprimerie. Aujourd’hui, c’est un aspect particulier de son œuvre que nous exposons : ses palimpsestes.oeuvre de l'artiste Une exposition exceptionnelle qui regroupe près de 300 œuvres, bon nombre d’entres elles n’ont jamais été montrées au public auparavant !   Nous avons décomposé l’exposition  en trois. Le rez-de-chaussée est axé sur le mobilier urbain, le premier étage est un cabinet de curiosités ou d’amateur et le second montre des cartes de territoires » explique Catherine de Braekeleer, Directrice du centre.

 Jamais dégoûté !

Si aujourd’hui les plaques d’égouts sont uniformisées,  il en était autrement autrefois. «En  regardant le sol, on pouvait découvrir ces plaques d’égouts qui étaient magnifiques, j’ai appris qu’on les nommait « Tampons du regard . Souvent les communes les commandaient à des fonderies et le nom de la ville, par exemple,  devait apparaitre sur celles-ci. Aujourd'hui, elles s'appellent toutes PAM, Pont-à-Mousson. C'est un art anonyme. On ne les regarde pas car on marche dessus, mais elles ont des formes très belles. C'est plein de poésie. Lorsque j’en voyais une qui m’attirait, je m’agenouillais et je l‘estampais, armé d’une brosse, d’encre et de papier.  C’est d’ailleurs amusant de voir la réaction des gens suivant le pays. En France, à Arles, deux dames me croisent et l’une d’elle dit à l’autre : Ils viennent prendre des mesures. Aux Etats-Unis, un joggeur me dépasse et crie « Oh , Great ! » et en Asie, un groupe de  personnes âgées m’entourent pour me regarder travailler. Chaque peinture sur plaque a son histoire, j’en l'artiste sur une échelle, posant une oeuvre au murparle dans le catalogue » confie l’artiste.

Au fil de ses voyages, Alechinsky tombe parfois, par hasard, sur un endroit qui se révèle  une véritable caverne d’Ali Baba. « Un jour en Chine, je revenais d’une visite d’un entrepôt de papier massicoté et je passe devant un temple désaffecté,  devenu dépôt de cloches, et gardé par un militaire. J’y ai pénétré, armé de ma brosse, de papier et d’encre pour estamper les magnifiques reliefs des cloches.  Le militaire  m’a laissé faire, puis, à un moment ; il m’a dit : « maintenant, ça suffit !».

 Se libérer de l’écrit

Les manuscrits qu’il trouve ou qu’on lui apporte sont  des lettres abandonnées, des registres, des cartes, des certificats, des comptes-rendus, des convocations, des partitions…"Les manuscrits m’inspirent, j’ai travaillé sur toute une série de lettres du Duc Prosper d’Aremberg à son conseiller monsieur Stock. J’ai commencé à dessiner sur des cartes chinée au Marché aux Puces,  j’ai travaillé sur des cartes commandées par Louis XIV, un ami militaire m’a donné des cartes de navigation militaire de la NASA."  L’artiste  a connu les plus grands surréalistes du monde et a fait partie du mouvement Cobra (Copenhague, Bruxelles et Amsterdam). Dernier membre vivant de ce mouvement; l’artiste a conservé, en détournant les manuscrits, son sens de l’humour et de la répartie.

Seule ombre au tableau de cet artiste en continuelle recherche et création : la perte de ses amis. « Cobra n’a duré que 3 ans mais j’ai toujours échangé avec mes amis (Bury, Hugo Claus, etc.).  Même maintenant, j’ai de grandes conversations avec eux. Et vous, vous ne gardez-vous pas  en mémoire le son des voix ? ». La sienne, en tout cas, révèle un homme passionnant, curieux et malicieux !  Ne ratez pas cette exceptionnelle exposition, visible jusqu’au 5 novembre.

 Autour de l’exposition

 Outre le splendide catalogue  édité par le Centre de la Gravure, le service éducatif du musée propose des ateliers, des visites guidées, des stages, des conférences.  Toutes les infos sur le site Internet.

Infos: rue des Amours 10 à La Louvière - 064/27 87 27
www.centredelagravure.be

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Date de publication

Jeudi, 22 Juin, 2017 - 16:56