Vous êtes ici

D'Auschwitz à aujourd'hui

"Je ne suis pas une vedette, je ne suis pas venu faire un show. Je ne suis pas un héros. Je vous demanderai de ne pas m'applaudir à la fin de notre rencontre". Le ton est donné par Paul Sobol, rescapé des camps de la mort, venu livré son témoignage poignant à une cinquantaine d'élèves de l'Athénée Provincial de Morlanwelz à la veille des vacances de printemps.

L'homme, âgé de 92 ans, rescapé du camp de concentration d’Auschwitz, s’est tu pendant plus de 40 ans. C’est seulement à partir de 1987 qu’il a commençé à témoigner de son expérience auprès des plus jeunes en parcourant les écoles belges. 

Devenu membre du conseil d'administration et de la commission pédagogique de la Fondation Auschwitz, il participe chaque année aux voyages d’études organisés par celle-ci.

Un devoir de mémoire "grandeur nature" pour ces élèves de 4 et 5è secondaires plongés les yeux fermés - au sens propre du terme - dans l'univers concentrationnaire. Paul Sobol s'est entretenu pendant plus de deux heures avec eux sur ce qui a marqué à jamais son existence. Gestapo, arrestations, violences, déportation, humilation par les nazis et les capos... Tout est passé au peigne fin pour que plus jamais cela ne se reproduise.

Une expérience indélébile pour ces jeunes citoyens. Simon, élève de l'Athénée de Morlanwelz : "Il a vécu une expérience terrible. Il était très jeune. On doit être vigilants pour que l'Histoire ne revive pas cet enfer. Je me souviendrai de son témoignage toute ma vie. Ca me donne envie de m'engager dans des mouvements qui luttent contre les extrémismes"

Paul Sobol, d'une profonde humilité, n'entretient pas un discours moralisateur. Il ne donne aucun conseil aux jeunes face à un populisme ambiant dans notre société. "Moi, je leur montre juste comment un jeune de leur âge a survécu dans les camps. Ce qu'il y a appris lui a permis de survivre après les camps". Pour lui, "c'est à eux à être prudents, à réfléchir, à savoir comment organiser leur pays. Je leur parle simplement de ma vie. L'essentiel est qu'ils se souviennent de mon passage. Ils doivent avoir un bagage suffisamment important mais surtout suffisamment de souplesse en eux pour pouvoir naviguer dans la vie", conclut-il en toute philosophie.

Une rencontre rendue possible grâce à l'initiative de deux profs passionnés et motivés ; Brigitte Wart et Delphine Bossuroy. Chaque année, elles emmènent les élèves en voyage. "C’est une façon de donner de manière vivante aux élèves la maîtrise des références culturelles et historiques qui ont influencé la pensée et l’écriture occidentales".


Cette année, la destination était l’Alsace. "Notre périple nous a d’abord amenés au camp nazi de concentration de Natzweiler-Struthof. Les élèves ont été bouleversés par cette visite. Qui pouvait mieux que Monsieur Sobol répondre aux interrogations de nos adolescents ? ".

 
Paul Sobol a perdu ses parents et deux de ses frères et soeurs dans les camps. Dès son arrivée à Aushcwitz, il a été séparé de sa mère. Il n'était qu'un adolescent. "Je n'ai plus jamais revu ma maman". A la libération, il a été aidé par la Croix Rouge pour pouvoir regagner Bruxelles. Il a été hébergé par ses anciens voisins et a retrouvé son amour d'enfance. Nelly. Ils se sont mariés et ont eu des enfants.

Son parcours n'a pas été simple. Il s'est construit par lui-même. Après des petis boulots et des formations le soir, il a méné une carrière brillante dans le monde de la pub. Autodidacte, il a monté sa société de "réclame", comme il dit si bien. Il a importé des Etats-Unis le modèle des supermarchés que nous connaissons aujourd'hui. L'Innovation et GB étaient ses principaux clients. Un personnage impressionnant et charismatique qui pratique encore 30 minutes de sport chaque matin.  

Version imprimableVersion imprimable

Date de publication

Jeudi, 19 Avril, 2018 - 13:04