En plein dans la lucarne

Pari réussi pour l’Ecole du Futur de Mons, elle est devenue actrice de son projet! La barre était pourtant placée très haut: installer le cinéma durablement dans le cursus pédagogique des étudiants. L'établissement provincial a accueilli un projet pilote qui a permis aux élèves de réaliser des courts métrages.

Initiée par Hainaut Cinéma, l’aventure était propulsée par le réalisateur argentin Diego Martinez Vignetti. Ce projet avant tout humain s’est décliné sous forme d’ateliers cinéma. 

Il faut l’avouer, les intentions étaient ambitieuses et le doute a parfois erré dans les couloirs de l’institution. « Lors de la présentation du projet en septembre dernier et au vu de la réaction des élèves à cette époque, j’ai craint pour son aboutissement, aujourd’hui je suis une directrice comblée par la tournure des événements », confie Jocelyne Laurent. 

Aujourd’hui, 10 mois après avoir posé les premières règles grammaticales du cinéma dans l’esprit des participants, la gestation a porté ses fruits, c’est ainsi que sont nés plusieurs courts-métrages. Chaque mardi après-midi a été consacré à la grammaire du cinéma, à l’écriture, à la mise en scène et au tournage. Rien n’a été laissé au hasard. Tout a été réalisé dans les règles du 7ème art.

Le tapis rouge du cinéma Plaza-Art a donc accueilli, le 8 juin dernier, les 3 portraits de métiers tournés avec des smartphones, sans oublier le portrait décalé de l’école et ses « lieux secrets ». Un montage simple, une réalisation épurée qui, projetés sur la toile, se transforment en émotions, en frissons. Nos réalisateurs en herbe ont écumé des tranches de vie aussi profondes les unes que les autres. Le passage au tamis de l’existence d’un fermier, d’un accompagnateur de train et d’un pianiste professionnel n’ont laissé personne indifférent.

Diego Martinez n’était pas peu fier de ses ouailles : « Au départ, si je les écoutais, le monde était pourri, rien n’était bon, on allait tous mourir, (rires) mais quand nous sommes rentrés dans le vif du sujet, chacun a fait preuve d’abnégation, de solidarité, de persévérance, de ténacité qui font partie des valeurs du cinéma finalement, j’avoue qu’ils m’ont fait peur au début en ne faisant pas leurs devoirs mais j’en rigole aujourd’hui et je peux dire qu’ils ont fait aussi bien que nous qui produisons avec des millions d’euros, je les félicite vraiment. C’est une expérience magnifique qui m’émeut ». 

Dans un deuxième temps, lors de la soirée de clôture, les jeunes réalisateurs ont présenté leurs courts-métrages. Les thématiques abordées étaient contemporaines. Ainsi « Préjudice » abordait l’homosexualité, le handicap et la couleur de peau. Thèmes qui semblaient banals à première vue mais l’angle approché par les élèves en a bluffé plus d’un. Scènes de la vie quotidienne qui créent des dégâts bien souvent dans l’indifférence générale. 

« L’amour », quant à lui, nous a offert une série interminable de définitions, du verbe aimer à l’expérience en passant par le rêve au travers d’interviews natures, profondes, sans tabou. Ce que l’on pense souvent tout bas a été révélé avec de la hauteur au travers de ses images, de son émotion et surtout de sa sincérité. Sa réalisation simple a été comblée par l’authenticité des témoins. Ce film relève plus du documentaire.  

La troisième réalisation et non des moindres, « Exil », abordait la réalité d’une vie commune et de ses enjeux, de la vision spécifique que chacun a de la vie, de sa propre vie, ses rêves, ses réalités, le jeu des acteurs était percutant, donnant l’impression qu’ils avaient de la bouteille. L’ivresse des images et du son a plongé l’assistance dans l’émerveillement du cinéma. La magie a fait son œuvre.  

Nul besoin de signaler que ces projections ont réjoui les pupilles des spectateurs présents. Côté palmarès on ne peut que décerner la palme de la réussite.

André Ceuterick, directeur de Hainaut Cinéma, a conclu cette soirée en rappelant que : « Ce genre d’initiative va assurément se propager dans l’enseignement provincial, la richesse de cette expérience a permis aux élèves de se dépasser et d’embrasser la culture et le cinéma. Les insérer dans le cursus des élèves fait partie de nos rêves et de nos priorités ».

Notre reportage : L'Ecole du Futur fait son cinéma

Version imprimableVersion imprimable

Date de publication

Jeudi, 15 Juin, 2017 - 17:00