Le décor est planté, à l'Ecole du Futur

Une reproduction de salon cosy, deux caméras, une table son, un réalisateur et une quinzaine d’apprentis qui se relaient : l’on est sur un vrai plateau, dans cette salle dont on a occulté les fenêtres ! Sous l’œil attentif du réalisateur Diégo Martinez Vignatti, professeur invité à l’école grâce à Hainaut Cinéma, les intervenants s’expriment sur le sujet choisi par Louis, l’élève à l’initiative du court-métrage en chantier. On parle technique, un peu, et message, beaucoup. Diégo Martinez Vignatti s’attache en effet surtout à la réflexion.

vue d'ensemble du plateau : intervenants dans le décor et les 2 caméras« J’ai une année scolaire pour arriver à amener les élèves à concevoir et réaliser leurs courts-métrages. Alors oui, ils tiendront une caméra en main. Mais comme pour un livre, si un stylo est nécessaire, ça n’est pas sa marque qui déterminera la qualité de ce que l’on écrira. Il s’agit de savoir de quoi on parle et de quelle manière en parler ». D’où la nécessité de coucher ses idées sur papier, de leur donner corps. « Une idée n’est pas un avis ! Il faut dépasser le stade du « j’aime bien, j’aime pas », sortir des représentations manichéennes et tenter d’envisager la problématique dans sa globalité ».

Pour ce faire, le réalisateur impose une méthodologie rigoureuse : « Je les fait travailler très dur pendant l’année mais en échange, je leur laisse une totale liberté quant au choix des sujets ». Un cadeau empoisonné si l’on se perd dans le champ des possibles. « C’est leur premier travail : définir ce qui les intéresse. Puis je leur demande de s’exprimer sur ce thème. Et enfin s’ils pensent que l’on peut en faire un film. Si oui, je leur demande de rédiger une note d’intention très claire, pour me montrer le niveau de maturité du projet. Puis on compose un comité de sélection et les élèves votent pour les trois projets qui leur semblent les plus viables et intéressants ».

Clap de début de séquence donné par Diego Martinez Vignatti devant les intervenants assis dans le décorLa conceptualisation est donc une tâche longue et ardue. « Elle couvre la période de septembre à décembre. Le processus n’est pas linéaire, il a des hauts et des bas, des montées et des chutes de motivation. Il est parfois pénible, douloureux, mais si l’on ne perd pas de vue son objectif et le fait que l’on est en train de construire quelque chose ensemble, on y arrive ! » Il faut un brin de folie, pour se lancer dans un tel projet… « Oui, ou de l’inconscience. Une confiance totale et une rigueur qui peut apparaître comme antipathique, aussi ! Je viens avec une discipline exigeante mais dans le même temps, je dois garder une ouverture totale pour comprendre ce que les jeunes sont et ce qu’ils veulent car je suis là pour les écouter et les amener à croire en eux, à leur montrer qu’ils sont merveilleux ». Et le résultat ? « Si au final le film est bien, c’est super, mais en tous les cas, ils auront appris et grandi ».

Pour Louis, c’est une question de genres

« J’avais d’abord rédigé une fiction, mais c’était un peu « cucul la praline », alors je me suis tourné vers le format documentaire ». Le réalisateur en herbe s’est penché sur ses centres d’intérêt. « Je me suis interrogé sur la source d’une certaine haine pour les hommes efféminés, d’une certaine méfiance et de certaines formes d’agressions envers les femmes. Etant gay, j’en ai moi-même beaucoup souffert. J’ai voulu comprendre les raisons d’un malaise et d’un rejet encore bien vivaces aujourd’hui face à la différence ».

Louis en train de filmer la séquence sur l'une des 2 camérasLouis décide de sortir de son cercle de relations habituel et de composer un échantillon relativement représentatif. Il découvrira vite les difficultés liées à l’humain : certaines personnes ne peuvent se libérer en journée pour venir témoigner, d’autres tiennent un discours bien différent selon qu’ils sont hors champ ou face caméra. « Ils se sont autocensurés peut-être même sans en avoir conscience. Je n’ai rien dit : je ne voulais pas influencer le contenu du documentaire…»

Déçu ? « Non : au final, la vision qui ressort des interviews est moins pessimiste que l’image que je m’en faisais, cela me redonne espoir. Même si, à titre personnel, je ne comprends pas bien cette notion de genre « homme ou femme », de devoir choisir de quel côté on est et le comportement qui va avec. Je vois plutôt les gens dans leur individualité et leur complexité. Le droit de passer d'un côté à l'autre, d'être entre les deux, la liberté. Liberté d'être ce que l'on veut, de ne pas devoir absolument se positionner. Si la société était moins genrée, on aurait moins ces rapports de force et de pouvoir, les échanges seraient sans doute pacifiés". On le voit, Louis aura effectivement appris beaucoup de cette expérience : définir son sujet, se positionner, écouter les points de vue des autres et les respecter, ne pas orienter les débats, essayer de rendre le résultat intéressant non seulement pour lui mais pour le plus grand nombre… Autant d’apprentissages « non pour les besoins d’une interro, mais pour la vie », comme aime à le dire Diégo Martinez Vignatti !

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Date de publication

Jeudi, 29 Mars, 2018 - 17:10