Les Yes Men à la Fabrique de Théâtre : fake news ou vérité ?

On vous l’annonçait la semaine dernière : « les Yes Men à la Fabrique ! » Et en effet, depuis lundi, deux hommes, ressemblant à s’y méprendre à Andy Bichlbaum et Mike Bonanno, ont été vus à la Bouverie. Le bruit court que ces agitateurs de consciences seraient venus former de nouvelles recrues aux techniques du canular politique 2.0. Est-ce vrai ? Ces activistes mondialement connus se sont-ils réellement déplacés jusqu’en Hainaut ?

les yes men lors de la présentation de leur actionFaux sites internet, conférences loufoques, interventions télévisées dans la peau d’experts ou de porte-paroles… Tous les moyens sont bons aux Yes Men pour monter leurs impostures, très élaborées. Un humour loin d’être gratuit : il leur sert à dénoncer, en poussant certaines théories à leur paroxysme, les dérives du néolibéralisme et de la mondialisation. Ainsi les a-t-on vus proposer l’éradication des coutumes - telles que la coupure-horaire destinée à la sieste dans des pays comme l’Italie ou l’Espagne -au nom du libre-échange ; la mise aux enchères des votes plutôt que le recours aux campagnes électorales ; la délocalisation plutôt que l’esclavage parce qu’au fond elle est plus rentable, etc.

Leurs talents de comédiens et la grande intelligence avec laquelle ils préparent leurs coups leur a permis, notamment, d’annoncer la fin de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) ; de présenter en direct sur la BBC World les excuses de l’entreprise Dow Chemical par rapport à la catastrophe de Bhopal et d’assurer que la compagnie dédommagerait les victimes, faisant chuter immédiatement son cours en bourse ; de dévoiler un produit révolutionnaire en matière énergétique : la bougie faite de chair humaine, etc.

Ces hommes se seraient-ils réellement arrêtés à La Fabrique dans un but de transmission du « laughtivism » (activisme usant du canular pour mettre sur la table des enjeux sociétaux importants) ? Il semblerait que oui…

Activistes, artistes… ou art-ivistes ?

Si les Yes Men sont rompus à la formation d’activistes, l’exercice est, cette fois, un peu différent. Leurs ouailles, issus de toute l’Europe, sont des artistes, metteurs en scène, chercheurs, communicants, scientifiques, philosophes, etc. Chaque formation est venue avec un projet artistique à l’état embryonnaire, comptant bien mettre à profit l’expérience des Yes Men pour le développer de manière décalée, ironique et interpellante. « Il ne faut pas croire que c’est impossible », rassure Andy : « nous pouvons tout à fait vous aider à concrétiser une idée qui semble farfelue pour l’amener à changer quelque chose dans la façon de penser des gens ».

Sur le thème, imposé par la Fabrique, de l’Anthropocène – le fait que ce sont désormais les activités humaines qui sont à l’origine des évolutions climatiques – 14 pistes ont été proposées par les « art-ivistes » en herbe. Un dôme tentaculaire destiné à protéger de toutes les catastrophes naturelles, un spectacle immersif pour une seule personne à la fois, la transposition de l’expérience de devenir mère et des modifications de perception que cela engendre à un public plus large, l’étude du phénomène d’état d’urgence, le rapport à la nature et aux arbres, l’abord du gouvernement comme s’il était un objet et ce qui en découle, à savoir qu’on peut en lire la notice ou non, en détourner l’utilisation, etc. sont autant de preuves que tout peut servir de base à secouer les consciences.

Assignés à résidence

groupe de participants lors de sa présentation du projetTous sont à la Fabrique pour une semaine en immersion. L’occasion de confronter les idées, de tester des dispositifs, et de s’approprier les procédés de l’activisme avec, pour but à (très !) court terme, d’effectuer un happening ce samedi 30 septembre au festival SIGNAL#6 de Bruxelles (organisé par le CIFAS – Centre de Formation en Arts du Spectacle), puis une seconde à la Fabrique, en novembre, lors de l’événement APREM#6.

Pour Zelda et Maxime, l’expérience pourrait bien prendre une forme plus pérenne, ou du moins présenter des développements à plus long terme. Intéressés par le marketing territorial, ils cherchent à observer comment le discours crée la réalité du territoire, comment il modifie le regard des gens sur ce territoire. « La base du projet est de pousser à son maximum un discours en décrochage avec les réalités du territoire et d’amener par là les habitants à se poser des questions et à proposer leur propre discours », indique Maxime. Pour ce faire, ils comptent notamment mettre des outils de communication dans l’espace public. « Je pense notamment au facing, poursuit Zelda : changer en très peu de temps toute l’apparence d’une grand-place, par exemple ». Mais il y a aussi toute l’analyse du discours sur le passé des zones historiquement industrielles, l’étude de la valeur donnée à un territoire et en vertu de quoi elle est attribuée, le jargon créé pour modifier l’image d’une et la rendre plus moderne,… « On peut même mettre en abîme l’action des Yes Men et se demander dans quelle mesure effectuer un canular n’offre pas une certaine publicité à ce que l'on veut dénoncer ».

On hâte de voir la richesse et la diversité sur laquelle promet de déboucher le vivier en ébullition à la Fabrique ! Rendez-vous à Bruxelles ce samedi… mais on ne sait pas encore où et quand : le laughtivism se nourrit du secret de l’effet de surprise !

 

Infos :

www.lafabrique.be

www.cifas.be

 

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Date de publication

Jeudi, 28 Septembre, 2017 - 17:12