Sur les traces d’Anne, Alex, Louis…

Profiter des « jours blancs » pour emmener une cinquantaine de jeunes en Allemagne, en Autriche ou en Tchéquie et leur faire découvrir des camps de concentration plus ou moins connus, c’est le pari un peu fou que s’est lancé l’équipe de Hainaut Mémoire il y a quelques années. Depuis, un voyage mémoriel a lieu chaque année à cette période vers une destination différente. Cette fois, c’est le nord de l’Allemagne qui a été choisi, avec les camps de Neuengamme et Bergen-Belsen près de Hambourg.

Les jours blancs, ce sont les derniers jours d’école obligatoires à la fin du mois de juin. Ces jours où les professeurs sont occupés par les conseils de classe et autres délibérations, les élèves ont terminés leurs examens, l’odeur des vacances d’été se fait clairement sentir. On a envie de commencer à en profiter, surtout lorsqu’il fait beau. On ne va pas se mentir, ce n’est pas la période idéale pour proposer à des adolescents de partir sur les traces des déportés de la Seconde Guerre mondiale… photo de groupe Hainaut Mémoire Baie de Lübeck

Et pourtant, c’est ce que propose, depuis 2013, Hainaut Mémoire, une cellule du Secteur Éducation permanente et Jeunesse de Hainaut Culture Tourisme et, chaque année, c’est un succès. "Nous mettons à disposition une cinquantaine de places, explique Michel Descamps, le coordinateur de Hainaut Mémoire. La Province de Hainaut les propose aux jeunes qui suivent les formations pour devenir animateurs en centre de vacances. Nous allons les voir dans le courant de l’année scolaire pour leur exposer le voyage et leur demandons de nous envoyer une petite lettre de motivation s’ils souhaitent y participer. Ils viennent donc de manière tout à fait volontaire, il n’y a aucune obligation ».

En route vers l'Histoire

Camp de concentration de NeuengammeUne école secondaire fait également partie du voyage. « Cette année, il s’agit du Centre scolaire Saint Joseph Notre Dame de Jumet qui a fait le choix d’emmener des étudiants en fin de rhéto. Enfin, nous proposons quelques places pour des jeunes en situation de décrochage scolaire issus du service Sens-SAS de Montigny-le-Tilleul ».  C’est donc un groupe parfaitement hétéroclite qui prend la route vers une destination inconnue et, bien souvent, une page de l’Histoire qui l’est tout autant.le camp de concentration de Neuengamme

« La première année, nous sommes partis à Buchenwald. Ensuite à Berlin, où nous avons visité les camps de Ravensbrück et Sachsenhausen. En Autriche et en Tchéquie, ce sont les camps de Mauthausen et Terezin (Teresienstadt) que nous avons mis en avant. Cette année, nous avons suggéré Neuengamme près de Hambourg pour une raison qui me tenait à cœur car c’est le camp où a été déporté Alex, mon grand-père, à l’âge de 23 ans », avoue Michel Descamps. C’est aussi un lieu symbolique pour la Belgique car, après Auschwitz-Birkenau, c’est le camp le plus meurtrier au niveau de la déportation belge ».

La stèle de Anne et Margot Frank au camp de Bergen Belsen La visite se poursuit quelques kilomètres plus loin au camp de Bergen-Belsen, où, notamment, Anne Frank et sa sœur Margot sont décédées du typhus. « On peut y voir une stèle à leur nom mais, en réalité, leurs corps se trouvent dans les fosses communes. À la fin de la guerre, ce camp a été transformé en mouroir où étaient transférés les détenus les plus faibles pour les abandonner à leur sort et les laisser mourir. Avec le surpeuplement, la désorganisation, les épidémies, la mortalité y était très forte ».

Parmi les partenaires de ce voyage (War Heritage Institute, la Fondation Auschwitz) se trouvait Mr Guy Derasse, représentant la CNPPA (la Confédération Nationale des Prisonniers Politiques et Ayant Droit de Belgique), dont le père, Louis, est décédé en avril 1945 à Bergen-Belsen. « J’avais à peine deux ans lorsqu’il Guy Derasse, de la CNPPA (Confédération Nationale des Prisonniers Politiques et Ayant Droit de Belgique)a été arrêté », nous dit-il.  J’ai très peu de souvenir de lui. Aujourd’hui, j’ai 73 ans et c’est la première fois que je viens sur les lieux. C’est très émouvant pour moi et c’est aussi très important d’y être entouré de tous ces jeunes qui pourront à leur tour transmettre ce qu’il s’est passé aux générations futures ».

Les nouveaux passeurs de Mémoire

Corentin, 17 ans, de l’École de Cadres de Charleroi, confirme : « cette génération va disparaître, ne pourra plus raconter son histoire. Pour qu’elle continue à exister, que l’on connaisse notre passé, il faut que l’on prenne le relai. Chacun peut jouer un rôle, faire une allusion à ce qui s’est réellement passé, faire réfléchir les gens à qui on parle ». Coline, 18 ans, du Centre scolaire Saint Joseph Notre Dame de Jumet atteste également : « Mr Guy nous a impressionné avec son histoire. J’en ai Lors d'une des cérémonies d'hommage, les jeunes déposent une rose blancheencore la chair de poule. J’aimerais bien qu’un jour mes enfants sachent tout ça. Grâce à ce voyage, je pourrai leur expliquer ce qui s’est passé et continuer à rendre hommage à toutes ces personnes qui ont laissé leur vie ».

Le voyage s’est terminé par une visite de la baie de Lübeck, en bord de mer Baltique, où a eu lieu la plusUne partie du groupe contemple la Mer Baltique grande catastrophe maritime mondiale, le 3 mai 1945 lorsque l’aviation britannique a bombardé des navires civils remplis de déportés en pensant qu’il s’agissait de soldats allemands. « Au total, 7.000 détenus, de 24 nationalités différentes dont de nombreux belges furent tués au cours de ce raid aérien, précise Michel Descamps. Nous leur avons rendu hommage ».

Infos : www.facebook.com/hainautmemoire  

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Date de publication

Mardi, 10 Juillet, 2018 - 12:13