Lecture en prison, où en est-on ?


Avoir accès à des livres et à une bibliothèque n’est pas toujours possible en prison. Cette carence peut constituer un élément supplémentaire d’exclusion.

bibEn Hainaut, les bibliothèques de Leuze, de Frasnes et d’Ath entendent unir leurs efforts pour rendre l’écrit accessible aux détenus de la prison de Leuze et à leur famille via des animations, des lectures individuelles pour les enfants dans le sas d’attente et des spectacles de lecture vivante dans les parloirs.

Selon la dernière étude en date réalisée auprès des membres de la CAAP (Concertation des Associations Actives en Prison, qui réunit 50 associations) et des réponses données par les coordinations ou associations responsables de la gestion des bibliothèques de 16 des 18 prisons qui comptent Bruxelles et la Wallonie, seulement 9 disposaient d’un local accessible aux détenus.

Ailleurs, le choix se fait par exemple sur catalogue, ou via le passage d’un chariot de livres dans les cellules. Concernant les plages horaires, elles varient selon les établissements mais sont de manière générale relativement peu étendues : certaines prisons disaient avoir un local accessible tous les jours ouvrables, d’autres une fois par mois à peine.

Au niveau du choix, certaines prisons assurent maintenir une « mise à jour régulière suivant les demandes des détenus », tandis que d’autres déclarent avoir un catalogue « pas toujours adapté ». Huit prisons entretenaient une collaboration avec une bibliothèque extérieure, parfois ponctuelle.

Peu avaient de budget. Selon l’Observatoire International des Prisons, le problème de l’accès aux livres est surtout un dommage collatéral supplémentaire du dysfonctionnement du système carcéral belge. L’OIP a déjà effectivement fort à faire avec la surpopulation carcérale, l’un des plus gros fléaux dans nos prisons, notamment en cause, l’allongement de la durée des détentions préventives. 

Ils n'avaient même pas accès à la loi

Lors d’une  discussion avec un détenu, Marie Berquin, de l’OIP, raconte s’être rendue compte de l’absence du Code pénal belge dans la bibliothèque : « Ils n’avaient même pas accès à la loi qui a fondé leur propre condamnation. Les livres, c’est évidemment la culture, le divertissement, mais ça doit aussi leur permettre de comprendre ce qu’ils vivent et leur donner des clés. » François Troukens, ex-détenu, qui a fondé l’association Chrysalibre, active en France et en Belgique témoigne de l’utilité de la présence de livre en prison : « Je demandais à ce qu’on nous envoie des éditions presse et je m'amusais à faire des petits présentoirs avec les nouveaux livres. Les gens se les arrachaient parce qu’on en parlait à la télé, chez Ruquier ou ailleurs. Ils pouvaient en parler à leurs proches, faire l’étalage de leur culture quelque part, avoir le sentiment de ne pas être oubliés. C’est différent que de recevoir des fonds de grenier. ».

Lors de la création de Chrysalibre, il avait publié un texte dans lequel il justifiait le désintérêt des détenus par les raisons suivantes : « insuffisance de l’offre, rares nouveautés, cellules sombres et bondées, bruits insupportables, télé omniprésente, manque de pratiques culturelles et de concentration ». Au téléphone, il ajoute d’autres éléments et insiste sur un problème d’ordre structurel : « Les sociétés privées viennent en prison pour exploiter de la main d'œuvre pas cher. Cela ne laisse vraiment pas de place pour la lecture. Autre élément : en prison, le niveau d’instruction est souvent faible. »

Organiser un concours d’écriture, comme le fait le CAAP, permet à la structure d’être identifiée comme une association active dans le domaine et de recevoir des demandes en matière de lectures.Outre l’accès à la loi et à la culture, les livres constituent également une source importante en termes d’informations relatives à la santé.

L’asbl I.Care (Laboratoire d’innovation en santé et milieux fermés) veille à proposer en milieu carcéral des ouvrages en lien avec la santé.En France, l’association Lire pour en sortir a été créée après que son fondateur, l’avocat Alexandre Duval-Stalla, a fait modifier un article du Code de procédure pénale pour que la participation à des activités culturelles, notamment la lecture, soit prise en compte dans les remises de peines. L’idée est venue du Brésil, où depuis 2009 chaque livre lu en prison peut, moyennant la rédaction d’une fiche de lecture, rapporter plusieurs jours de remise de peines.

Cette garantie n’existe toutefois pas systématiquement en France…ni en Belgique.

 Basé sur un article du magazine VICE Belgique

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Date de publication

Mercredi, 22 Septembre, 2021 - 20:56