Nous ne lisons pas assez les autrices

Préjugé, quand tu nous tiens... Les hommes ne liraient pas assez d’ouvrages écrits par des femmes.

écrivaineUne journaliste et autrice anglaise, Mary Ann Sieghart, s’est penchée sur le sujet. En Belgique, on relèvera le travail des éditions Névrosée, qui donnent à nouveau accès à des autrices belges méconnues ou oubliées.

Avec son livre paru en juin 2021The Authority Gap: Why Women Are Still Taken Less Seriously Than Men, and What We Can Do About It (Transworld Digital), Mary Ann Sieghart s’est interrogée sur ce qu’elle nomme l’écart d’autorité, qui fait que les femmes sont rabaissées, discréditées, pas prises autant au sérieux que les hommes dans la vie publique et professionnelle. Un écart dû majoritairement à des préjugés souvent insidieux et inconscients.

Dans le cadre de l’écriture de son livre, Mary Ann Sieghart s’est appuyée sur Nielsen Book Research, qui offre des services de recherche avec une analyse des ventes au détail pour les livres imprimés, mais aussi et surtout à propos des consommateurs.

Sa question : qui lit quoi ?  Les chiffres sont éloquents : en ce qui concerne les dix autrices les plus vendues au Royaume-Uni, seuls 19 % de leurs lecteurs sont des hommes contre 81 % de femmes. À l’inverse, les dix auteurs masculins les plus vendus obtiennent un résultat plus égal avec 55 % de lecteurs et 45 % de lectrices. Des chiffres qui, d’après Sieghart, semblent suggérer que les hommes, consciemment ou inconsciemment, n'accordent pas autant d'autorité aux auteurs féminins qu'aux auteurs masculins.

Autre exemple : alors que Margaret Atwood possède un lectorat composé de 21 % d'hommes, les lauréats masculins du prix Booker Julian Barnes et Yann Martel en ont respectivement 39 % et 40 % — soit presque le double.

Une vision tronquée du monde

De telles pratiques de lecture de la part de la gent masculine réduirait les expériences d’immersion dans le « psychisme » des femmes, les thèmes qu’elles ont envie d’explorer, leur vision du monde, leur imaginaire, la façon dont elles appréhendent des expériences masculines mais d’un point de vue féminin.  Attention : une expérience féminine n'est pas une expérience de niche ; c'est un intérêt commun universel !

 

On retrouve cette asymétrie dans le contexte de prix littéraires. Les femmes juges proposent des livres d'hommes et de femmes. Les juges masculins proposent en grande partie des livres d'autres hommes. 

Les hommes se couperaient alors à la possibilité d’ouvrir leurs horizons, ou même de se laisser surprendre par les talents féminins de notre époque.

 

En Belgique : le travail des éditions Névrosée

 

Avec "Névrosée", l'éditrice Sara Dombret a décidé de redonner vie aux œuvres de femmes belges en les rééditant et en les faisant connaitre. Les mots de ces autrices sont désormais accessibles à toutes et tous. Des histoires pour se remémorer l’Histoire littéraire de notre pays. 

Car les écrivaines belges sont nombreuses malgré leur absence de nos bibliothèques. Le premier Prix Rossel a d’ailleurs été attribué à une femme : Marguerite Guyaux. L’Histoire et le patriarcat ont fait sombrer ces écrivaines dans l’oubli.

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Date de publication

Jeudi, 16 Septembre, 2021 - 08:24