Rencontre extraordinaire à la saison des déchirures

Un champ parmi les champs. Plus loin, une fermette. Un bouquet d’arbres. Le lieu a l’air paisible. Il se trouve pourtant au cœur d’une intrigue, au cœur d’un champ de bataille. En tout cas, dans la tête d’Anaïs Debus, qui réalise son premier court-métrage à Havinnes, dans les décors repérés par le BATCHainaut et avec le soutien du Fonds d’Aide provincial à la Réalisation.

Pourquoi diable se perdre par les monts et les vaux d’Havinnes ? « J’ai choisi de venir dans le Hainaut parce que l’histoire se déroule autour du 22 août 1914, date où une page sanglante de l’histoire s’est jouée : la « bataille de Charleroi » dont l’impact s’est fait sentir dans toute la région », explique la réalisatrice, qui aime à se réquipe du film dans un champetrouver au bon endroit : « Je suis sensible à la vérité des lieux. J’ai donc pris contact avec le BATCHainaut. Nous avons visité pas mal de fermes et y avons toujours été très bien accueillis. Mais les fermes au carré vues m’ont semblé trop grandes pour le couple de l’histoire, l’héroïne y aurait été comme perdue, c’était peu crédible ».

C’est Hugues Vanhoutte qui trouve la clé du problème : « Lors de repérages généraux, j’avais marqué un intérêt pour une ferme de taille modeste et dénuée de détails modernes, tant en façade qu’autour. Je m’étais dit qu’un jour ou l’autre, elle servirait ». En effet : antenne parabolique, stores électriques, de même que des éoliennes en arrière-plan, ça ne fonctionne pas pour un film d’époque… Le bois à l’arrière du champ permet un raccord facile avec celui qui jouxte la ferme : parfait. L’on négocie aussi, les propriétaires terriens, une partie du champ à laisser sur pied avec, et le tour est joué !

La guerre, terreau de rencontres improbables

Anaïs Debus et l'équipe batchMême du drame peuvent naître de belles choses. Anaïs Debus en est convaincue. Passionnée par la première guerre mondiale, elle a un double déclic au retour d’un voyage en Asie. « J’y avais vécu les différences de langue, de culture, et j’ai trouvé très intéressant de voir combien, au-delà des barrières, des différences de codes sociaux, il est facile de se faire comprendre… puis j’ai visionné « Ensemble, ils ont sauvé la France » de Eric Deroo, sur les 52 nations étrangères issues des colonies et alliances venues combattre aux côtés des alliés ». Le documentaire fait le pont entre ce qu’elle venait de vivre et son intérêt pour la guerre : Anaïs tenait son sujet.

« Mon court retrace les premiers mois de guerre, où il n’y a pas encore de tranchées et où les troupes traversent le pays pour aller l’une vers l’autre. Où se produisent, donc, des batailles anarchiques. Où les renforts issus d’autres pays s’enfuient, se perdent couramment dans les campagnes ». L’héroïne, seule et enceinte, assumant tout le travail à la ferme alors que son mari est à la guerre, rencontrera donc Djilali, tirailleur marocain. Son costume ornementé, son chèche, son sabre courbe désarçonnent cette femme qui n’a jamais franchi les limites de son village, tandis que lui, arraché à sa terre natale, cherche à comprendre où il a été catapulté. Ils se retrouvent ensemble deux jours, à osciller entre curiosité et méfiance. Ils vont s’apprivoiser, la rencontre va avoir lieu. Jusqu’à ce que le drame ne les rattrape…

Une histoire sensible et attachante, à retrouver sur les chaînes de RTBF, coproductrice du projet, dans divers festivals, et, Anaïs Debus l’espère, dans les réseaux de diffusion marocains via un partenariat qu’elle tente de décrocher. A suivre, donc… sur son Facebook (Ana Ïs Deb), sur celui de la maison de production (Cookies Films sprl) ou sur celui du BATCHainaut

A voir, le reportage du dernier @CDLP sur le sujet : https://www.facebook.com/Cdanslapochetv

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Date de publication

Mardi, 28 Août, 2018 - 17:41