La Résistance illustrée

Ou comment attirer l’attention sur un lieu de mémoire méconnu en trois coups de pinceaux ! Cela se passe à Marcinelle, sur le site de l’ancien stand de tir où ont été fusillés une cinquantaine de résistants lors de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, suite à un véritable travail créatif réalisé par les jeunes de la région, on ne passe plus devant sans le regarder et avoir envie de s’y attarder.

Il y a encore un peu plus de deux ans, ce bâtiment abandonné aux fenêtres cassées n’évoquait pas grand’chose aux gens de la région, ni même aux habitants de la rue qui le voyaient au quotidien. Pourtant, le site en question interpelle depuis longtemps Michel Descamps, coordinateur de Hainaut Mémoire et lui-même  riverain de la rue Jules Bordet, car il sait ce qu’il représente. "À la base, c’est un stand de tir en plein air utilisé principalement par l’armée dès la fin du 19e siècle.Le Tir de Marcinelle, avant: les fenêtres cassées en façade Il sera déjà réquisitionné lors de la Grande Guerre et, de nouveau, lors du second conflit mondial, au même titre que bien d’autres bâtiments dont les nazis se sont servis. Ici, ils ont enfermé des résistants et en ont fusillé plus de cinquante".

À l'arrière du bâtiment du Tir de Marcinelle, le poteau d'exécution À l’arrière du bâtiment, les stigmates de ces assassinats sont toujours visibles : le cachot et le poteau d’exécution qui porte cette inscription : "c’est ici que tombèrent, sous les balles nazies, le Major Servais, le Commandant Massart, le Lieutenant Evrard et une cinquantaine de héros, dont le nom nous est inconnu".

Passionné d’Histoire, particulièrement de la période 1940-1945, Michel Descamps décide d’interpeller la Ville de Charleroi, actuelle propriétaire du site, déjà très abîmé lors de l’acquisition et difficile à remettre en état. "Il était clair, tant au niveau de la Ville qu’au niveau de la Province de Hainaut, que nous n’avions pas les moyens de rénover les bâtiments. Nous nous sommes, alors, mis autour de la table et, petit à petit, s’est dessiné le projet. L’idée était, dans un premier temps, de couvrir les fenêtres cassées en façade de l’édifice. Et d’impliquer des jeunes car notre première vocation, c’est la transmission". La façade du Tir de Marcinelle, après: les fenêtres couvertes des fresques réalisées par les jeunes

Un groupe d'enfants et le guide, devant la façade du Tir de Marcinelle et la plaque commémorative "La démocratie est un combat de tous les jours"Des stages mis en place par Hainaut Mémoire et l’Atelier/M, la Maison de Jeunes de Monceau-sur-Sambre, ont permis aux plus jeunes de laisser libre cours à leur imagination et à leur créativité, en suivant toutefois un thème, celui de la Résistance. "Il y a eu trois stages, sur trois années et certains ados ont participé aux trois car ils voulaient suivre le projet". Dans le même temps, une autre Maison de Jeunes, L’Éveil de Ransart, s’intègre au programme en proposant l’aide de son équipe de graffeurs. "Exactement ce qu’il fallait pour les murs extérieurs. Ils y ont travaillé lors de deux "jams" organisées pendant l’été 2015 et 2016, avec la même consigne : s’inspirer des faits de résistance".

Bien entendu, tous les participants ont été informés et préparés à travailler la thématique de la Seconde Guerre mondiale. "Avec notre partenaire fédéral War Heritage Insitute, nous les avons rencontré au préalable pour les sensibiliser à la symbolique importante du lieu qu’ils s’apprêtaient à investir".L'un des graffs réalisés sur les murs extérieur du Tir de Marcinelle

Des enfants pointent le doigt vers les panneaux d'expo du Tir de Marcinelle, en arrière-plan, on aperçoit l'un des graffsAujourd’hui, toujours grâce à l’aide du War Heritage Institute qui met à disposition de façon permanente une partie de son exposition "Résistances en Europe", le Tir de Marcinelle devient presque un musée à ciel ouvert. "Il reste vétuste et nous l’ouvrons au public uniquement sur demande, si des écoles, associations, groupes de particuliers, etc. souhaitent le visiter. Nous avons aussi un partenariat avec la Maison du Tourisme de Charleroi qui l’inclut dans une visite à thématique historique. Une fois par an, en septembre, pour commémorer en même temps la libération de Charleroi le 4 septembre 1944, nous invitons les écoles de la région, les riverains, ainsi que toutes les personnes intéressées pour une journée-événement sur le site".Au Tir de Marcinelle, le guide et les enfants devant les panneaux de l'expo "Résistances en Europe" du War Heritage Institute

Ainsi, vendredi dernier, plus de 300 enfants ont appris, à travers les fresques et les graffs, ce qui s’est passé à deux pas de chez eux il y a un peu plus de septante ans.

Infos : www.facebook.com/hainautmemoire

      

 

    

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Date de publication

Jeudi, 5 Octobre, 2017 - 17:09