Une réalité fictionnelle

Le Musée de la Photographie, à Charleroi, présente, jusqu’au 3 décembre, une exposition de l’œuvre de Stéphane Couturier, une des figures de la photographie plasticiennes française. L’occasion aussi de découvrir le travail  d’Alexandre Christaens et d’Anne-Sophie Costenoble.

 L’architecture, l’histoire, l’humain sont autant de facettes du travail de Stéphane Couturier.  Ses photographies aux formats imposants sont celles d’étapes vue sur un mur en perspectiveintermédiaires figeant le temps d’une mutation architecturale, autant que les strates composant une histoire dont chaque fragment vient témoigner.
De l’argentique au numérique, ses images composées, superbement orchestrées, apparaissent comme des jeux de lignes, de formes et de couleurs qui sèment le trouble et questionnent.  «Des années 90  à nos jours, la photo et la vidéo ont évolué à cause du numérique. Le travail du photographe a été perturbé. Que devions-nous faire, j’ai eu envie de montrer à travers l’évolution de ce médium ma propre vision. » précise Stéphane Couturier.

 Une vie en mouvement statique !

Le photographe joue avec la confusion qui s’opère entre les différents plans, l’avant et l’arrière se confondant. Un modus operandi que l’on retrouve dans l’ensemble de ses photographies qu’elles soient celles des grands ensembles architecturaux ou des vues d’entreprises, qu’elles soient prises chez Alstom ou Toyota, à Brasilia, Marseille, La Havane ou Alger. Une griffe, une signature qui a pour effet de témoigner de l’universalité des chantiers. « Stéphane travaille sur le temps, les strates, l’écrasement des perspectives.  Les photos montrent le débordement de la vie, l’insoumission à l’architecture.  Les photos sont des documents sur comment cette architecture se transforme au fil du temps » explique Xavier Canonne. « Je travaille sur les fragments. La ville est comme un organisme vivant.  Je travaille sur le temps. Il n’y a plus d’indices pour savoir quelle époque, quelle ville je regarde. Je me plais à jouer avec cet écart entre la réalité, avec le virtuel. Qu’est-ce que je regarde ?  Il y a un ancrage documentaire mais qui n’interdit pas d’insuffler un supplément, comme rendre le son, le mouvement. Associer deux images permet de rendre plus proche ce que j’ai ressenti sur place. Ce que je montre est purement documentaire, mais l’addition d’une deuxième image fait naître une interrogation sur ce qu’on regarde » confie l’artiste.

Celui-ci utilise un procédé lui permettant de superposer des images pour rendre plus proche de la réalité la vie d’un quartier, d’une rue.  Les photos du quartier  populaire de Bab El Oued à Alger montrent un lieu façonné par l’architecture, l’être humain et l’histoire. «  Je m’intéresse à la façon dont les habitants se sont appropriés les lieux. Les façades, les rideaux, le linge qui pend aux balcons montrent le contraste entre  mode de vie contemporain et architecture  ancienne. »

 Dans sa série « Melting », il associe plusieurs prises de vue d’un même lieu au sein d’une même image, les incrustant pour en proposer la synthèse jouant ainsi sur l’ambiguïté entre deux réalités.  "La série "Melting Point" a été pour moi une des réponses à l’arrivée du numérique qui a été une révolution dans le domaine de l’image."

Mais aussi !  

 sur la mer, un reste de pont en bétonAvec Réseau cristallin, ce ne sont pas des photographies de voyages qu’Alexandre Christiaens livre mais les photographies d’un voyageur. Chantiers marins, grottes, temples et fronts de mer composent ce voyage photographique, ce Réseau cristallin où se mêlent l’histoire et la réalité comme des légendes à chaque fois racontées.

Avec l’Heure Bleue, Anne-Sophie Costenoble vous emmène dans un monde d’apparence onirique qu’elle fixe et donnefemme longs cheveux blonds de dos à voir, à contempler, un monde de silence propice à l’introspection. Ses photographies contemplatives, comme en suspens, mêlent et font s’entremêler des instants ordinaires, fragiles, de l’ordre du merveilleux et du poétique.

Infos
www.museephoto.be

Version imprimableVersion imprimable

Date de publication

Jeudi, 12 Octobre, 2017 - 17:07